1.5. Le champ de l’économie définie comporte deux productions seulement et aucune consommation.

2 mai 2011, AL indique à DM qu'à la relecture il préfère la formulation précédente :

1.5. Produire et consommer ne sont pas intrinsèquement des actes économiques.

Enoncé

Les deux productions qui font partie du champ de l'économie définie sont celles d'un échange marchand ou d'un transfert de propriété cessible. Toute consommation est soit indépendante de l'une de ces productions, soit antérieure ou postérieure à l'une de ces productions.

Commentaires

Chez les assureurs, le mot « production » désigne la vente, en l’occurrence de garanties moyennant primes. En gestion d’entreprise, l’usage de l’expression « production des ventes » se rencontre fréquemment. En comptabilité, un « produit » provient toujours d’une vente effectuée (échange marchand) ou d’une subvention (transfert) perçue ou à percevoir. Certaines productions et consommations ont pour raison d’être l’élaboration de marchandises. Ces productions et ces consommations sont évidemment économiques par destination. Pourquoi alors soutenir que produire et consommer de la marchandise n’est pas un acte économique ?
La définition de la marchandise énoncée au chapitre 2 spécifie que :

  • 1) produire des marchandises consiste à mettre en vente et à réussir à faire acheter.
  • 2) marchandise il n’y a que pour la durée que sa vente prend (une maison est meublée d’objets qui ont été des marchandises et qui, pour certains, le redeviendront peut-être ou sûrement.

Si les actes de produire autre chose qu’un échange marchand ou un transfert de propriété, ainsi que de consommer quoi que ce soit, sont reconnus comme étant en eux-mêmes économiques, alors tout acte humain est économique. En effet, l’homme ne fait rien sans produire et consommer. Si tout acte de l’homme est plus ou moins implicitement réputé économique, il n’y a pas distinction d’un sous-ensemble des activités économiques au sein des activités humaines. Faute de cette distinction, il n’y a pas de définition de l'économie, au sens du concept de définiton en théorie des ensembles.
Dans toutes les circonstances où pour commencer à produire ou consommer il a fallu acheter, l’économie est présente par ce « il a fallu acheter ». Dans toutes les circonstances où pour continuer à produire il faudra vendre, l’économie est présente par ce « il faudra vendre ». En toutes circonstances où une activité ou une situation a fait l’objet d’une subvention prélevée ou allouée, l’économie est présente. Cela fait beaucoup de circonstances comportant un aspect économique.
Si l’on tient néanmoins à ce que de la production, autre que d’échanges marchands et de transferts de propriété, et de la consommation figurent au nombre des activités économiques, alors il faut justifier ce que cette extension apporte à l’exactitude de la théorie objective des échanges marchands. Or il semble bien qu’il soit impossible de produire cette justification. Elle ne peut pas être que les conditions de production et les quantités écoulées (consommées) d’une marchandise vendue par une entreprise participent à la détermination de son coût unitaire et, partant, de son prix. C’est pourtant incontestable. Mais il est tout aussi incontestable que ces déterminants sont:

  • 1) des valeurs d’échange et des transferts à raison des amortissements, d’autres éventuelles sortes de provisions et d’impôts.
  • 2) des prévisions puis des réalisations de quantités vendues – de quantités échangées.

Pas plus la pratique que la théorie de la prise en compte de ces déterminants ne nécessite de faire de l’économie plus que ce qu’en dit la proposition 1.4 et que ce qu’en exclut la proposition 1.5. Bien sûr, les hommes se livrent à des échanges marchands pour produire davantage (spécialisation dite « division du travail ») et consommer davantage afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Et alors ? Il n’y a là rien de spécifique à ces échanges et aux transferts de termes de ces échanges.

Les hommes produisent et consomment, ô combien, des sentiments et en font échanges et dons, ô combien, également afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Mais ces besoins ne sont pas les mêmes ? Qu’ils le soient ou non en partie n’est pas le constat qui tranche le débat. La condition humaine est une mer immense d’expériences et d’études. Dans cette mer se trouve un chapelet d’îles d’expériences et d’études objectives. La part objective de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand est, malgré le sentiment qu’on peut en avoir (on en a sur tout), l’une de ces îles sur laquelle se trouve aussi, pour autant qu’on en produise l’effort, son étude elle-même objective. Cette étude n’est ni d’abord ni aussi celle de la mer qui environne cette île. Cette délimitation non seulement n’enlève rien à la spécificité, l’utilité et l’importance de cette étude et de son objet mais tout au contraire les ren-force. Il n’est pas concevable, quand on veut bien y réfléchir quelques ins-tants, que l’élucidation de ce qui détermine objectivement des valeurs d’échange marchand dissipe si peu que ce soit le mystère de la condition humaine, avec les productions et les consommations auxquelles elle oblige et qu’elle permet.

Dans ces conditions, partir de considérations subjectives sur la condition humaine et sur la notion d’utilité pour en tirer l’élucidation attendue de la science économique expose non seulement à philosopher pitoyablement mais surtout à rater cette élucidation. Une doctrine des causes subjectives de la pratique des échanges marchands fait nécessairement grand cas des notions de besoin, de rareté, d’utilité, de désir, de plaisir, de peine. Quand une théorisation de l’économie repose sur une telle doctrine, les énoncés qui en sont tirés ne définissent rien parce que toutes les activités humaines satisfont un besoin en comblant un manque, procurent un plaisir, donnent de la peine. En amalgamant des notions éminemment subjectives, l’économiste en vient forcément à l’économie qui est tout et, par conséquent, rien en particulier. Les portes sont alors grandes ouvertes à des constructions imaginaires au moyen de pétitions de principe.
En tout état de cause, l’économie qui est tout, c’est n’importe quoi.