Appréciations, questions, réponses

Commentaires attachés à la version Le Cercle Les Echos de l'introduction à l'économie définie >> Le pari >> La méthode >> L'initiation

1 - Paul Saint-Bézard, 9 décembre 2013

La confusion ne serait-elle pas organisée ?

Bravo pour cet article qui met le doigt sur un des maux de notre époque : pour mieux manipuler des gens de moins en moins cultivés, nos hommes politiques et les journalistes utilisent les mots de l'économie sans signaler leur signification exacte. Les « vrais » économistes ne devraient-ils pas lutter contre cette tendance qui ne fait qu'affaiblir leur discipline, sociale en ce sens qu'elle a trait à l'art de faire société ?

Dominique Michaut

Paul Saint-Bézard, qui après l'obtention de son diplôme en agronomie tropicale (une école supérieure aujourd'hui implantée à Montpellier) fit sa carrière outre-mer sur le terrain du développement économique, livre le premier une appréciation de l'article en question (article seulement pour l'instant). Je prie quiconque lira ces lignes de croire que son bravo est parfaitement sincère, j'en ai eu l'attestation par les soulignements approbateurs qu'il a porté sur les feuilles de papier où il a imprimé ce texte dont il a jugé la lisibilité bonne au regard de ce qui y est traité.

Les deux questions qu'il pose sont imbriquées. En économie et plus encore qu'auparavant, le confusionnisme s'impose en détournement de l'analyse objective des faits primordiaux propres aux échanges et transferts économiques. Les économistes de tout grade et les économes de tout acabit qui se rendent à leur devoir de lutter contre cet obscurcissement au prétexte de complexités croissantes contribuent à rénover leur discipline, quitte à se voir soupçonnés ou même formellement accusés d'être réactionnaires. Et mauvais communiquants puisque ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, sans que cette admonestation prenne en considération que justement des parties essentielles de l'analyse que je viens d'évoquer se conçoivent de moins en moins bien sous les édredons des propagandes déguisées en acquis scientifiques par des modélisations, des statiques et des enquêtes d'opinion manipulatrices.

2. Daniel Charpentier, 17 décembre 2013

Comment divulguer ces idées nouvelles ?

Je viens de terminer de lire Le pari de l’économie définie. Il n'y a rien à ajouter à ce qui s’y trouve introduit, mais ce n'est pas facile à emmagasiner pour le commun des mortels. Comment divulguer ces idées nouvelles, c'est toute la question !

3. Roland Verhille, 18 décembre 2013

Une intense réflexion particulièrement opportune

Sans avoir fait de recherche là-dessus, il me semble que l’économie manque d’une définition rigoureuse. Cette intense réflexion est particulièrement opportune, les économistes patentés ayant failli là-dessus, comme sur d’autres sujets.

Peut-être la meilleure idée est-elle encore celle de Jean-Baptiste Say du titre de son traité de 1803 : « … la manière dont se forment, se distribuent, et se consomment les richesses ». Mais ce n’est pas là une définition, et le terme « richesses » n’est pas approprié.

Le texte de l’article distingue fort pertinemment l’ « univers des échanges sociaux » de ceux « économiques ». Il précise de même que ces échanges économiques portent sur les biens et services échangés entre eux via les ventes et achats, directement par voie de troc, ou indirectement via la monnaie, instrument moderne des échanges. La monnaie pouvant être celle émise sous forme de pièces, de billets ou d’inscriptions en comptes, et aussi sous la forme ancienne d’un bien commun dénominateur des autres biens et services (or, pierres précieuses, bœuf des Romains).

Les « transferts » sont justement assimilés aux échanges économiques, malgré l’absence d’échange librement consenti. Car effectivement, ils relèvent de l’économie comme étant une utilisation des biens et services produits et échangés.

Une rigoureuse définition de l’économie est une nécessité pratique ; elle mettrait un coup d’arrêt aux divagations des économistes et statisticiens traitant l’ « autoproduction », celle des ménages entreprise pour sa propre consommation, sans échange, comme participant au produit de l’économie. Même chose par exemple pour  le « revenu » du propriétaire occupant son habitation. Et même chose, pire, pour les occupations de la ménagère dans son foyer ou du jardinier chez lui que beaucoup d’économistes voudraient porter au produit de l’économie. Ah, que ne ferait-on pour « gonfler » le montant de la production économique !

Ce n’est pas abordé dans cet article, mais cette idée de l’économie engendre le problème de la quantification de ces échanges.

Alors, comment définir rigoureusement l’économie ? Selon les préceptes de la logique formelle, il lui faut le concept de niveau supérieur dont elle relève, et son caractère spécifique qui l’en distingue. Alors, ce concept de niveau supérieur pourrait-il être celui des « échanges sociaux ». Et son caractère spécifique celui d’échange de biens et service destinés à leur utilisation? La définition pourrait ainsi être « L’économie, c’est l’ensemble des échanges sociaux portant sur les biens et services destinés à être utilisés, jusqu’à leur utilisation finale ».

Dominique Michaut

Conforme ou non à la logique des ensembles non flous, une définition n’est rarement qu’une convention. Mais aussi elle est toujours cela, comme toute acception. Convenons de dire qu’au domaine de l’économie définie appartient ce qui est propre qu’aux échanges et transferts de services et de biens ayant de fait une valeur d’échange marchand, que ces échanges et transferts soient accomplis en faisant ou ne faisant pas usage d’une monnaie. Reconnaissons qu’en logique formelle, ça tient debout. Et faisons preuve d’esprit scientifique en nous montrant curieux des solutions objectives qui se trouvent dans ce domaine, tout en nous gardant de préjuger que ces solutions puissent être de grande portée politique et autrement sociale.

4. Rémy Zucchi, 18 décembre 2013

Échanges et transferts

Ce début d’introduction à « l’économie définie » range dans les transferts économiques l’impôt et les dons financiers. Pourquoi est-il selon vous factuellement fautif de voir dans l’impôt l’instrument d’un échange économique entre les contribuables et la puissance publique, puisque cette dernière fournit en retour toute une gamme de services et d’équipements ? Pourquoi aussi ne pas voir dans des œuvres collectrices de dons financiers des organisatrices d’échanges économiques entre les donateurs et les bénéficiaires finaux ? Et pourquoi une séparation conceptuellement stricte des échanges économiques et des transferts économiques est-elle indispensable à ce que vous appelez « l’économie définie » ?  

Dominique Michaut

Dans un échange économique, chacune des deux parties s’engage à céder à l’autre partie une chose en sa possession : échange de propriétés. Bien noter : céder à l’autre partie et seulement à elle. Qui paie un impôt cède de son pouvoir d’achat sans recevoir en échange une propriété dont il dispose à sa guise, y compris en la vendant : ce n’est pas un échange économique alors que c’est une sorte d’échange social. Il en va de même de tout donateur et bénéficiaire d’un don : l’un ne doit rien à l’autre, il n’y a pas plus d’échange de propriété que de beurre en broche, il y a un échange social dont la nécessité et le caractère libéral ne font strictement aucun doute.

Des définitions au sens de ce concept en logique des ensembles sont indispensables à l’économie définie. En haut de la pyramide de ces définitions se trouve celle de l’objet de cette économie : les échanges et les transferts économiques exclusivement, de plus à raison de ce qui est propre à ces échanges et transferts. Mais n’est-ce pas trop restrictif ? Personne d’autre qu’un initié à cette économie politique n’est en mesure de répondre en assez bonne connaissance de cause. Toute une tradition d’enseignement de l’économie ne peut pas d’elle-même s’ouvrir à cette innovation : la discipline intellectuelle qu’il faut à cette dernière rompt trop radicalement avec la routine de la tradition.

5. Gérard Wieclaw, 21 décembre 2013

Puisse ce pari nous valoir un regain d’objectivité

Voilà une semaine que je lis et relis ce texte sur le pari de l’économie définie. « Nommer les choses correctement » suffira-t-il à clarifier quand on sait que nos responsables semblent souvent chausser des lunettes déformantes et sont capables de comprendre tout et son contraire en lisant un rapport ou les mêmes chiffres… Je ne sais plus qui a dit : « L’homme est raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? » Puisse ce pari nous valoir un jour un regain d’objectivité ! De cette dernière, nos décideurs en font bien peu de cas. Mais ils ont tous l’air d’être sincères, au point que je ne sais plus quoi penser de toutes ces théories qui s’opposent. Je suis bien perplexe sur la sagesse humaine.

Dominique Michaut

N’accordons pas trop de place à cette perplexité. Est-il constructif de lui concéder du temps utilisable pour participer au labeur de la conquête de plus d’objectivité ?

6. Thierry Petibon, 6 janvier 2014

Le précédent de l’école Bourbaki

L’économie définie ressemble un peu à ce que les Éléments de mathématique ont été pour l’école Bourbaki : une définition axiomatique des concepts puis à partir de là créations de théorèmes et de lemmes qui définissent la mathématique dans sa globalité (arithmétique, logique, analyse, algèbre etc.).

Je pense avoir compris les différences entre échanges et transferts, les uns et les autres économiques. Il n’en serait pas moins bien venu d’assortir ces deux définitions d’exemples. Pour ce faire, je suggère un tableau à deux colonnes d’évènements dont les uns sont des échanges et les autres des transferts appartenant tous au sous-ensemble économique des échanges sociaux.

Dans quels cas typiques les fichiers numériques — logiciels, morceaux de musique, films, bases de données — sont-ils des objets de l’une et l’autre de ces deux sortes d’évènements ? Les impôts ou les retraites par répartition ne peuvent-ils point être considérés comme des échanges économiques, car indirectement il y a bien échange (via une ou plusieurs générations pour la retraite et via les services offerts par les pouvoirs publics pour les impôts) ?

Dominique Michaut

La suggestion du tableau est retenue. Je préfère néanmoins garder pour l’instant en coulisse la manière dont elle va être prise en compte. Je note que dans ce tableau des évènements ayant pour objet des fichiers numériques doivent désormais se trouver. Les retraites dites par répartition sont par transferts des actifs aux pensionnés ; les retraites dites par capitalisation sont de bout en bout par échanges marchands, mais il se révèle à l’analyse que plus-values et moins-values sont des transferts alors que les dividendes et les intérêts sont des contreparties d’échange économique. Pour la question plus simple du statut économique des impôts, je renvoie au premier paragraphe de ma réponse à Rémy Zucchi ci-dessus.

7. Josiane Jaffro, 15 janvier 2014

Avoir les mots justes et clairs

Avoir les mots justes et clairs pour définir l'économie est indispensable pour éclairer nos consciences. Surtout par égard aux familles les plus modestes, j'aimerais que l'économie définie parvienne à dire exactement ce qu'il en est, particulièrement sur les salaires et les retraites, ainsi que sur le chômage qui a été un lourd problème pendant l'éducation de mes enfants puis l'est maintenant de façon aggravée pour mes petits enfants. Le pari proposé, ce n'est vraiment bien qu'à cette condition.

Dominique Michaut

La condition que vous posez est satisfaite par l'économie politique réinitialisée par Paul Fabra. Ses analyses et prescriptions sont au moyen de la recherche de mots courants à installer ou réinstaller dans un sens spécialisé juste et clair. Cette recheche, nous l'avons faite acharnée dans notre atelier. Elle est bien sûr à poursuivre dans désemparer.

8. Louis Boël, 20 janvier 2014

Pourquoi je soutiens et j'invite à tenir bon

Je soutiens très clairement l'initiative du pari de l’économie définie. Je suis convaincu de la nécessité de cette sorte de rationalisation ciblée sur un aspect précis du réel social. C’est indispensable pour rapprocher vraiment l’économie des « sciences dures » en la nettoyant, autant que faire se peut, des approches qui relèvent des « sciences humaines » toujours pétries de subjectivité — ce qui est également nécessaire à l’interconnaissance des pensées et des expériences individuelles et collectives, infiniment diversifiées dans le temps et l’espace.

Je soutiens d’autant plus le pari de l’économie définie que je crois très sincèrement à l'effet de libération, parfaitement exprimé dans la phrase de Paul Fabra cité dans la 5ième note de bas de page. Cet effet est aujourd’hui encore comme en attente des objectivations qui dépassionneront bien des débats sur « la crise » et les façons d'en sortir.

Sur une matière d’une grande complexité à en juger par son ressenti commun et par l’abondante littérature dont elle fait l’objet, l’Atelier Paul Fabra a entrepris un long travail de clarification conceptuelle. Il convient d’autant plus d’en féliciter ses artisans que leurs conclusions ne manqueront pas de rencontrer des réticences, voire même du mépris. Vraisemblablement, l’opinion publique n’accréditera tout à fait cette façon de « faire de l’économie » que quand un courant grandissant de l’opinion savante s’y sera convertie. Tout aussi vraisemblablement, cette conversion ne sera pas soudaine : dans ce « faire de l’économie » profondément renouvelé bien des assertions doctorales anciennes et des sémantiques usuelles mais imprécises ne peuvent que devenir caduques.

J’attire cependant votre attention sur la lisibilité de vos écrits. Moins la langue utilisée sera littéraire ou élitiste dans un classicisme désuet, mieux la forme rendra la réorientation prescrite rapidement compréhensible et donc acceptable. Je suis conscient qu’il est souvent ardu et parfois impossible de faire du neuf avec des vocables en vogue mais souvent imprécis ou même trompeurs. Je conseille néanmoins que nous nous appliquions à choisir les mots et les expressions les plus usuels pour autant qu’ils soient exacts.

Sur le fond, c’est encore un peu comme un myope qui aurait perdu ses lunettes que j’entrevois se profiler comment l’économie définie conduit à refaire de la finance et de la monnaie des instruments de confiance bien placée.

Par contre, je pense pressentir clairement que tout comme Paul Fabra et vous-mêmes avez bien montré l’importance essentielle de bien distinguer capital de pseudo-capital, plus-value vraie de plus-value apparente, revenu vrai de transfert d’argent, etc., il me semble que votre logique vous amènera inéluctablement à distinguer et donc à séparer d’une part les activités réellement « économiques », dans le sens de production de « valeurs réelles » (à définir !), en ce comprises les participations à risque, et d’autre part les activités qui n’utilisent l’argent que dans des buts de jeu (casino, loterie,…), d’escroquerie (pyramides), ou de « spéculation » (aux sens A1 et A2 du Dictionnaire du CNRTL — Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). Dans ma compréhension, seules les premières peuvent appartenir objectivement à « l’économie définie » ; « l’argent » y sert de représentation de la confiance de financeurs en la capacité d’un entrepreneur et de son équipe à produire des biens vendables avec bénéfice ; ces activités peuvent être politiquement soutenues et devraient n’être pas ou seulement peu taxées — pour des marges bénéficiaires raisonnables — puisqu’elles sont, par elles-mêmes, productrices de bien-être social. Les secondes font parties de toute société humaine, mais sont éthiquement malsaines puisque c’est l’argent qui y est supposé produire de l’argent ce qui n’est possible qu’à l’une de ces deux conditions : soit l’argent rendu à perdu de sa valeur d’échange par rapport à l’argent misé, soit un grand nombre de personnes ont perdu leurs mises pour permettre à un très petit nombre de les empocher. De telles activités ne sont pas à proprement parler « économiques » ; dans un contexte démocratique il est impensable de les interdire, mais la société est parfaitement en droit de les taxer lourdement pour transférer les sommes ainsi collectées vers les dépenses de solidarité sociale.

Je suis parfaitement conscient de la difficulté d’étudier un débrayage politique entre ces deux types d’activités, et encore plus de le réaliser légalement, mais ne pas l’envisager dès maintenant ne peut que susciter moquerie et critique sur le fond de votre méthode ou, pire encore, limiter tous vos efforts à un simple exercice théorique.

Dominique Michaut

Louis Boël nous a fait parvenir ses appréciations en fin d’une version de révision du Pari. Dix de ses douze suggestions d’amélioration de la lisibilité ont été retenues, ses autres annotations étant des questions de fond qui trouvent leurs réponses plus avant dans le parcours dont l’introduction à l’économie définie n’est qu’un point de départ, conduisant à dire : Non à l’économétrie de camouflage. D’autres mesures, détectées par les propositions premières de science économique de l’Atelier Paul Fabra, en cours d’intégration aux propositions majeures de politique économique du même préconisateur, pourvoient au débrayage qu’évoque Louis Boël. Elles consistent en quelques publicités à rendre obligatoires afin de réorienter le marché du capital vers moins de spéculations destructrices. Les recours à l’impôt pour pallier des défauts d’organisation des marchés sont ce qu’un poumon artificiel est à un poumon naturel. La bonne médecine économique consiste évidemment à soigner d’abord le poumon naturel avant d’avoir recours à une prothèse fiscale, forcément handicapante pour la simple raison que la fonction elle-même naturelle de la fiscalité n’est pas celle-là.

Vers quel nord pointe votre boussole ?

9. Marie Laraison, 1er février 2014

Ce que vous commencez à introduire dans Le Pari m'impressionne. C'est tellement inattendu au regard de ce que mes professeurs de l'Université Laval, à Québec, m'ont dit être le mieux assuré ! En fouinant dans vos propos, j'ai commencé à situer le nord vers lequel l'aiguille de votre boussole est dirigée, En résumé, un capitalisme de quoi davantage à quoi ? Compatible avec quel coopératisme ?

Dominique Michaut

Un capitalisme autant de plein échange que de libre échange, ce qui n'est pas encore le cas. Un capitalisme davantage de rendement que de plus-value. Le coopératisme qui pratique la rémunération effective des parts sociales et l'ouverture permanente à tous du capial social y a pleinement sa place. Ce que ce capitalisme admet en matière de répartitions favorise son acceptabilité sociale.

Commentaires attachés à la version Le Cercle Les Echos du pari de l'économie définie

10. Roland Verhille, 22 février 2014

DM : Premier des deux commentaires attachés à la version Le Clercle Les Echos du début de l'introduction à l'économe définie par Roland Verhille